Vous payez pour voir du porno, vous ?

« Hein ??? Tu paies pour te branler sur du porno, toi ? Mais t’es teubé(e), le porno c’est gratuit ! Tiens, moi j’aime bien Biroute, eh ben, tous ses films, toutes ses vidéos, je les ai eus gratos sur les tubes et en « torrent ». J’en ai rempli un disque dur de 800 gigas. Trop bien, non ? Je te filerai les adresses. »

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Ca a commencé quand, cette histoire du porno gratuit ? Comme l’histoire de la musique gratuite, du cinéma gratuit, des séries gratuites, ça a commencé avec internet. Avec les premiers pirates, les premiers sites de téléchargement et — pour le porno — avec les premiers tubes. On ne va pas refaire ici le vieux débat sur les bienfaits culturels du partage, de l’internet communautaire gratuit contre les méchants marchands d’image et de musique qui verrouillent la culture et les loisirs des pauvres. Si les voleurs du web étaient des mécènes, ça se saurait. Ce qui les intéresse, c’est le fric et rien d’autre. Fabian Thylmann, le fondateur de Manwin (aujourd’hui Mindgeek), c’est Robin des Bois ? Sans blagues.

Ce qui s’est produit dans le web adulte, c’est, en plus petit, un résumé du fonctionnement du monde capitaliste. Ou de l’infection virale. C’est pareil. Un lobby composé de très peu de gens a contrôlé les réseaux, volé les contenus, détourné le trafic, monopolisé l’argent, le pouvoir et s’est enrichi en tuant l’écosystème dans lequel il s’est installé. Manwin, après avoir fait fortune en diffusant sans aucun droit toute la production mondiale de X, a aujourd’hui racheté à bas prix les plus grosses sociétés de production pour éviter de perdre son temps en procès. La boucle est bouclée. Le virus à tué son hôte par excès de voracité.

Le consommateur a donc, en quelques années seulement, perdu l’habitude de payer pour ce qu’il regarde et il trouve ça normal. Du coup, la consommation des DVD est défunte, les télés n’achètent plus de programmes pour adultes, les sites web payants ferment les uns après les autres, les sites de VOD voient leur affluence plafonner et, en bout de chaîne, les petits, les laborieux, c’est à dire les sociétés de production déposent le bilan. Ben oui, c’est bête, mais les actrices, acteurs, décors, maquilleurs, avec quel argent elles pourraient les payer aujourd’hui ? Avec des subventions du Ministère de la Culture ?

Je ne pleure pas, je vous raconte. Je ne juge pas, j’observe. On en est là aujourd’hui de la mutation de mon métier et c’est la raison — ça et aussi mon incompétence en tant que businessman — qui a fait que brutalement, après dix-neuf années d’activité à peu près sereine (1), je me suis retrouvé, au début de cette année, coincé dans les cordes. J’étais un petit bateau qui commerçait avec les bateaux qui l’entouraient (les télés, les diffuseurs VOD/SVOD, les distributeurs…). Et soudain, tous ces voisins,  ces partenaires se sont mis à prendre l’eau ensemble. Oups. Où sont rangées les bouées ?

On était donc en avril/mai 2013. Je méditais au bord de ma piscine de location dans ce foutu Cap d’Agde désert.

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Et je ne trouvais aucune issue au problème. Produire de nouvelles scènes, de nouvelles photos ? Avec quel argent et pour quel marché ? Dépenser mille euros pour une vidéo qui ne m’en rapporterait que cinq cents, c’était me tirer une balle dans le pied. Que faire, alors ? Regarder ma société déposer le bilan, voir mes dix-neuf ans de travail, mes trente films, mille cinq cents vidéos, cent cinquante mille photos de quatre cent cinquante actrices rachetés au liquidateur de faillite pour dix mille euros, puis devenir vendeur de pizza pour financer ma retraite? Euh… Pas glop.

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Quand on médite, même mal et trop peu comme votre serviteur, on devine que les solutions aux problèmes ne viennent pas d’une réflexion compulsive et obsessionnelle, d’une fixation sur le passé, le futur, l’ego, les constructions mentales, la « volonté » ( quelle connerie, ce mot… ) mais apparaissent spontanément lorsqu’on est en accord avec l’univers. Appelez ça comme vous voulez. L’harmonie. Les vibrations en phase. La pleine conscience. Dieu. Les Bosons X. Le vide, le silence et l’énergie. Y’en a qui suivent, là ?

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Bref. J’étais assis, tout bronzé et tout mince ( merci la bouffe bio ), le cul dans l’eau chlorée, au pied de mon callistemon en fleur, en train de descendre une bouteille de Nikka single Malt pour lutter contre la panique lorsque, fin septembre, il y a eu le film pour C+. Dix jours de tournage. Pourquoi j’en ai pas parlé avant ? Ah oui, parce que je digresse. « Ça aussi, ça passera » dit le sage.

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A suivre.

(1) Enfin… Sereine… Je vous raconterai un jour.

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7 commentaires Ajoutez le votre

  1. bibousiq dit :

    Sans vouloir jouer les avocats du diable, il y a quand même deux éléments qui ne participent pas à faire payer pour le porno:
    – Les gens n’ont pas forcément envie de revoir plusieurs fois un porno contrairement à un film « classique »
    – On peut regarder de manière indépendante une scène d’un porno vu qu’en général il n’y a guère d’intrigue.
    Ces deux éléments (parmi d’autres) font que bon nombre de personnes n’ont pas envie de payer.

    PS: Vivement la suite du récit ! 😉

    1. johnbroot dit :

      Hmmm… Même une scène indépendante et sans intrigue a coûté des sous à produire. Elle sera vue des millions de fois gratuitement. Qui va payer ?

      1. bibousiq dit :

        Je ne prétends pas le contraire: je voulais juste tenter d’expliquer pourquoi certains n’ont guère envie de payer.

        1. johnbroot dit :

          Enfin, cher ami, une dernière remarque. Si le porno gratuit n’existait plus, les gens se remettraient aussitôt à payer. Le X est un besoin irrépressible.

  2. Morgan Iadakan dit :

    « On peut regarder de manière indépendante une scène d’un porno vu qu’en général il n’y a guère d’intrigue. »
    Ca me semble relativement pertinent comme cause, bien qu’assez inexact. Car ça ne s’est jamais limité au porno : il y a des intrigues dans le porno comme dans tout film – bien foutues ou pas, c’est un autre problème. Et comme on peut voir le porno comme une succession de scènes de cul avec un canevas-prétexte, on peut tout aussi bien voir pas mal de films d’horreur comme un empilement de séquences gore, ou la plupart des films d’actions actuels comme des empilement de cascades et de poursuites.
    Mais je crois d’ailleurs, justement, que la façon dont le grand public réceptionne TOUS les films est en cause, avec l’idée de la gratuité : il y a toujours eu des gens qui zappaient de scène gore en scène gore dans « Braindead », déjà à l’époque de la VHS ; aujourd’hui le phénomène est décuplé : je n’en finis pas de tomber sur des gens qui chopent un film, en regardent à peine 3 minutes, passent deux ou trois passages en accéléré et l’envoient direct à la poubelle sans chercher à comprendre parce que ça ne les a pas capté d’entrée de jeu.
    Des gens qui se permettent sans honte de juger ensuite ledit film en disant que « c’est de la merde », tout en n’en ayant vu que 5 minutes chrono dans le désordre.
    Avec la réputation générique qu’on lui fait depuis le début, il est effectivement assez logique que le porno se trouve aux premières loges de ce genre de pratique. Triste.
    Internet n’a pas inventé la stupide impatience d’un public pressé – mais force est d’admettre qu’il l’a considérablement développée…
    Et plus personne n’a le respect du travail mis en oeuvre et des moyens qu’on a bien voulu donner aux artistes…

  3. Un homme dit :

    Je pense que nous traversons actuellement un désert dans l’industrie du X. Je reste persuadé que les productions de qualité auront, de nouveau, leurs heures de gloire dans les mois à venir. Par production de qualité j’entends un film avec un budget , certes, mais aussi (surtout) une histoire, une vraie recherche artistique, un style proche des comportements normaux des couples, des dialogues…. et non des vidéos dépourvues de sens où les acteurs enchaînent des performances acrobatiques. Alors bien sur certaines productions tendent vers ce type de réalisations (en soignant l’aspect visuel) x-art, Joymee etc.… mais cela reste néanmoins qu’une succession d’images or l’excitation (en dehors du gamin ou de la gamine qui découvre le sexe et encore) ne peut pas se construire uniquement sur les images qui se succèdent. L’excitation est le résultat d’une projection, d’un fantasme et ça seules les productions de qualité (dont vos long métrages) le permettent….

    Alors je dirais tout simplement qu’il faut résister quitte à se regrouper avec d’autres réalisateurs qui partagent cette façon de faire du contenu pour adultes….

    Courage

    1. John B. Root dit :

      Espérons… espérons. 😀

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